Les pratiques occultes sont-elles prises en compte par le droit ?

11 Mar 2021 | 0 commentaires

On admet que certains droits sont fortement empreints de surnaturel. Le droit canonique par exemple est par essence rattaché à la foi, à la croyance, au surnaturel. Le droit traditionnel Béninois est également fortement lié à la culture béninoise qui accorde une haute importance au surnaturel. Le droit moderne béninois a quant à lui été hérité de la colonisation. Son esprit est donc fortement occidental, fortement rationnel. Quelle incongruité donc de vouloir établir ou rechercher un lien entre le droit et le surnaturel qui est l’irrationnel, l’anormal, le bizarre.

Droit et pratiques occultes : des termes qui cohabitent parfaitement

N’est-ce pas verser de l’eau dans un panier que d’associer droit et surnaturel, droit et pratiques occultes, droit et sorcellerie ? N’est-ce pas finalement bizarre de vouloir traiter d’un thème aussi bizarre ?

Non, ce n’est pas bizarre car bien que rationnel, des points de notre droit prennent en compte l’irrationnel, le surnaturel, le bizarre aux yeux de certains. Tenez, notre droit accorde de la place à la croyance, à la foi, à la religion. Le 10 janvier n’est-il pas par exemple prévu par les textes pour être la fête des religions endogènes, du vaudou ?!

La liberté de penser et donc de croire, la liberté de religion ne sont-elles pas inscrite de notre loi fondamentale, notre constitution !

Bien plus que d’accorder du respect au surnaturel dans la vie du citoyen, notre droit lui-même ne porte-t-il pas des germes du surnaturel ?

Sans doute et à juste titre, bien qu’ayant un héritage colonial, nous restons béninois avec nos croyances, notre rapport parfois immodéré au surnaturel, notre vaudou, nos féticheurs, nos guérisseurs, nos sorciers.

La place de l’irrationnel dans le fondement de l’Etat de droit

La loi fondamentale de notre pays, celle qui a créé notre actuelle République, le socle de notre nation fait référence à Dieu et aux mânes de nos ancêtres en son article 53.

Le président de la République du Bénin, avant son entrée en fonction, prête serment devant Dieu et les mânes des ancêtres et s’engage par conséquent devant Dieu et les mânes des ancêtres qui relève de ce qu’il existe au-delà du naturel, on va dire qui relève du surnaturel.

Et il n’est absolument pas question que le nouveau président de la république omette cette référence aux mânes des ancêtres.

Le président Kérékou n’avait-il pas eu à reprendre sa prestation de serment pour avoir omis cette formule sacrée « les mânes des ancêtres » !

Cette formule si sacrée, si chère pour notre pays ne révèle-t-elle pas comme a pu le dire Birago DIOP que :

« Les morts ne sont pas morts

Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire

Et dans l’Ombre qui s’épaissit.

Les Morts ne sont pas sous la Terre

Ils sont dans l’arbre qui frémit

Ils sont dans le Bois qui gémit

Ils sont dans l’Eau qui coule

Ils sont dans l’Eau qui dort

Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule »

Ils sont toujours là avec nous….

Notre droit de la famille a établi la possibilité de mariage posthume. Si cette possibilité a été quant à elle hérité du colon qui explique cela non par une croyance mais de façon rationnelle, il évoque la fiction juridique, nous béninois ne manquerons pas d’y déceler une prise en compte du surnaturel.

Sur le plan pénal, le délit de diffamation envers la mémoire des morts peut aussi être considéré comme une approche du surnaturel.

Plus clair encore, le surnaturel dans le droit, l’irrationnel dans le droit est l’infraction relative aux pratiques de sorcellerie.

Notre droit moderne reconnaît même la sorcellerie et des pratiques apparentées et les sanctionne.

Le code pénal prévoit en son article 458 : « Est puni de la réclusion criminelle de dix (10) ans à vingt (20) ans quiconque s’est livré ou participé à des pratiques de sorcellerie, de magie ou de charlatanisme susceptibles de troubler l’ordre public ou de porter atteinte aux personnes et aux biens. »

La grande question est alors de savoir comment le juge fait-il pour établir l’existence de sorcellerie ? Comment à partir d’outil rationnel peut-on mesurer ou découvrir l’irrationnel ?

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