08 octobre 2018

Mariage précoce des jeunes filles au Bénin: une pratique à combattre à tout prix.

« Aucune fille ne devrait être privée de son enfance, de son éducation, de sa santé et de ses aspirations. Pourtant, aujourd’hui, des millions de filles, chaque année, se marient avant leur majorité et ne peuvent donc pas exercer leurs droits. » (Michelle Bachelet)

Combattu depuis 2004 dans ses retranchements, le mariage précoce et forcé des jeunes filles n’est pourtant pas éradiqué au Bénin. Selon une étude de l’OFPRA réalisée en 2017, le mariage précoce avant l’âge de 18 ans toucherait trois (03) filles sur dix (10).

En effet, selon une large partie de la coutume, si une fille pubère peut concevoir, c’est qu’elle est déjà une femme. Dans la coutume l’âge du mariage est en général de 14-15 ans pour la fille, de 18-20 ans pour les garçons. Chez les gouns, la fille doit avoir eu 12 menstrues avant de se marier. Ceci justifierait donc cette naturelle tendance à asservir la jeune fille capable de concevoir, sous le joug d’un homme qui fera office de maître, mais aussi de bourreau.

Ce sont pourtant des droits fondamentaux qui sont violés !

Pourtant, le mariage précoce des enfants, et notamment des jeunes filles, porte atteinte à leurs droits fondamentaux les plus élémentaires proclamés et reconnus par la Constitution et des instruments internationaux ratifiés par le Bénin tels que :

  • -   la Déclaration universelle des droits de l’homme,
  • -   le Pacte relatif aux droits civils et politiques,
  • -   la Convention sur le consentement au mariage de 1964,
  • -   la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979.
  • Ce sont les droits à l'intégrité physique et morale, à l'éducation, à l'épanouissement, à la liberté matrimoniale et bien d'autres qui sont mis sous le tapis.

De plus, il existe dans la législation béninoise, des dispositions spécifiques à la garantie et la protection des droits fondamentaux de l’enfant. Il s’agit entre autres, de :

  • -   la loi n°2002-07 du 24 aout 2004 portant code béninois des personnes et de la famille ;
  • -   la loi n°2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes.

Le mariage précoce n’est pas sans conséquences sur l’enfant et sa descendance.

L’enfant doit être protégé contre toutes formes de violence, d’atteinte ou brutalité physique ou mentale, de mauvais traitements ou d’exploitation y compris la violence sexuelle ; et le mariage précoce n’est pas sans incidences.

  • Le mariage précoce prive les enfants en âge d’aller à l’école, du droit à l’éducation nécessaire à leur développement personnel.
  • Le mariage précoce en lui-même prône l’infériorité de la femme, toujours considérée par son mari et sa belle-famille comme la fillette qui est entrée dans leur famille pour servir et se laisser assujettir.
  • L’immaturité et le manque d’éducation d’une jeune mère compromettent sa capacité d’élever un enfant.
  • La pratique du mariage précoce n’est pas favorable à l’éclosion des droits les plus fondamentaux de la femme.
  • Les mariages précoces constituent une véritable embûche à l'autonomisation de la femme en ce que cette pratique rend la femme soumise durant toute sa vie conjugale.

La pratique est réprimée.

Selon les dispositions de l’article 31 de la loi n°2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes, « toute personne qui se rend coupable ou complice d’un mariage forcé ou arrangé ou concubinage forcé, (…), est punie d’un emprisonnement de un (01) an à trois(03) ans et d’une amende de cinq cent mille (500 000) francs à deux millions (2 000 000) de francs. Toutes les personnes qui sont complices dans la planification et/ou l’exécution d’un tel mariage ou concubinage sont également coupables ».

« La femme n'est victime d'aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux ». Simone de Beauvoir

 

 

 

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Last modified on lundi, 08 octobre 2018 10:58